Dépôt sauvage et gestion des déchets de chantier : risques et amendes (Loi AGEC)

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Dépôt sauvage et gestion des déchets de chantier : risques et amendes (Loi AGEC)

Abandonner des gravats, des chutes de matériaux ou des emballages hors d’un point de collecte autorisé peut coûter cher : un dépôt sauvage expose à une amende pouvant atteindre 150 000 €, et jusqu'à 750 000 € lorsqu'une société est pénalement responsable. La loi AGEC renforce en parallèle la traçabilité des déchets de chantier, du devis jusqu'au bordereau de dépôt. Voici les sanctions encourues et les obligations à respecter pour rester en règle.

Dépôt sauvage de déchets de chantier : jusqu’à 750 000 € d’amende

L’abandon de déchets produits sur un chantier, en dehors des lieux prévus pour leur collecte ou leur traitement, constitue une infraction au regard du Code de l’environnement. Les sanctions encourues dépendent de la qualification retenue et des circonstances du dépôt.

Qualification du dépôt illégal
Sanction maximale encourue
Dépôt ponctuel à l’aide d’un véhicule, qualifié de contravention de 5e classe
Jusqu'à 1 500 € pour une personne physique ou 7 500 € pour une société, avec confiscation possible du véhicule
Abandon ou dépôt illégal de déchets, qualifié de délit
Jusqu'à 4 ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende pour une personne physique, ou 750 000 € d’amende pour une société


👉 À noter :
Lorsque le dépôt illégal est commis en bande organisée, la peine peut atteindre 8 ans d’emprisonnement et 500 000 € d’amende. Le responsable peut également devoir financer l’enlèvement des déchets et la remise en état du terrain.

Enlèvement & remise en état : les autres sanctions possibles

L’amende ne clôt pas nécessairement le dossier. Le responsable d’un dépôt sauvage peut aussi être contraint de prendre en charge l’enlèvement des déchets, leur transport vers une installation autorisée et leur traitement. Lorsque le dépôt a dégradé ou pollué le site, les frais peuvent également comprendre la remise en état du terrain. Des dommages et intérêts peuvent enfin être réclamés lorsqu'un préjudice a été causé au propriétaire du terrain, à un tiers ou à l’environnement.


Faire l’économie d’une évacuation conforme peut finalement coûter très cher. Plutôt que de préserver votre marge en rognant sur les frais indispensables, misez sur davantage d’opportunités de chantier pour développer votre chiffre d’affaires.

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Une entreprise peut-elle être sanctionnée sans être prise sur le fait ?

Oui. Un dépôt sauvage peut être relié à une entreprise plusieurs jours ou plusieurs mois après les faits. Un bon de livraison oublié dans un sac, un emballage portant le nom du chantier, un témoignage, une caméra ou la plaque d’un utilitaire peuvent suffire à orienter les recherches. Lors d’un contrôle, les devis, factures et bordereaux peuvent également être demandés pour vérifier où les déchets devaient être déposés. Ces documents permettent de retracer leur évacuation et d’établir leur destination.

Le délai pour engager des poursuites est généralement de 1 an pour une contravention et de 6 ans lorsque le dépôt est poursuivi comme un délit.

Qu’est-ce qu’un dépôt sauvage au regard de la loi ?

Un dépôt sauvage correspond à des déchets abandonnés dans l’espace public ou sur un terrain privé, en dehors d’un emplacement autorisé à les recevoir (déchetterie professionnelle, point de reprise de la REP bâtiment ou installation / centre de traitement adapté à la nature des déchets). Il peut s’agir d’un dépôt ponctuel comme d’une accumulation progressive.

Le Code de l’environnement sanctionne le fait d'« abandonner, déposer ou faire déposer […] des déchets » dans des conditions contraires à la réglementation. Déposer soi-même les déchets ou demander à un tiers de le faire expose donc aux mêmes risques.

Quels déchets sont concernés ?

L’interdiction ne dépend ni du volume ni de la dangerosité des déchets. Elle peut donc concerner quelques sacs comme le contenu d’une benne entière :

  • les déchets inertes : béton, briques, tuiles, gravats ou terres
  • les déchets non dangereux : bois, plâtre, plastiques, métaux ou emballages
  • les déchets dangereux : peintures, solvants, huiles, produits chimiques ou matériaux contenant de l’amiante
  • les déchets végétaux issus d’un chantier d’aménagement extérieur

Dépôt sauvage et décharge illégale : quelle différence ?

  • Le dépôt sauvage correspond généralement à un abandon ponctuel de déchets dans un lieu inadapté ou non autorisé.
  • La décharge illégale désigne un site qui reçoit régulièrement ou en quantité importante des déchets sans disposer des autorisations nécessaires. Cette organisation durable peut entraîner des poursuites et des sanctions plus lourdes.

Qui est responsable des déchets produits sur un chantier ?

La personne qui abandonne les déchets peut être sanctionnée, mais elle n’est pas toujours la seule concernée. L’entreprise qui les a produits doit aussi pouvoir prouver qu’ils ont été évacués vers une filière autorisée.

L’entreprise reste responsable jusqu'au traitement final

Charger les gravats dans la camionnette d’un prestataire ne suffit pas à s’en désintéresser. L’entreprise reste responsable de ses déchets jusqu’à leur élimination ou leur valorisation finale, même lorsqu'elle confie leur transport ou leur traitement à un tiers.

👉 Elle doit donc choisir un prestataire identifié et conserver les bordereaux ou justificatifs remis par le point de collecte.

Un salarié effectue un dépôt sauvage : qui peut être sanctionné ?

Le salarié qui abandonne les déchets peut, bien entendu, être personnellement sanctionné. Néanmoins, l’entreprise peut également être concernée lorsque le dépôt est réalisé pendant une mission, avec son véhicule ou avec les déchets issus de son chantier.

👉 Pour mieux organiser cette étape, l’entreprise peut désigner à l’avance les salariés autorisés à évacuer les déchets, leur indiquer le point de collecte prévu pour chaque chantier.

Dépôt sauvage commis par un sous-traitant : qui est responsable ?

Le sous-traitant répond des déchets qu’il produit et du dépôt sauvage qu’il effectue. En revanche, confier l’évacuation de ses propres déchets à une autre entreprise ne permet pas de s’en désintéresser.

👉 Il est préférable d’indiquer dès le contrat qui trie, qui transporte et où les déchets seront déposés. Chaque entreprise doit ensuite conserver les justificatifs correspondant aux déchets dont elle a la charge.

🔍 Le vrai du faux

L’accord d'un propriétaire suffit-il pour déposer des gravats sur son terrain ?

Faux…
L’accord du propriétaire ne suffit pas à rendre le dépôt de gravats autorisé sur un terrain privé. Les déchets issus d’un chantier doivent rester orientés vers une filière de gestion adaptée et ne peuvent pas être simplement déversés pour s’en débarrasser. Certains matériaux inertes peuvent être réemployés dans le cadre d’un aménagement réel et justifié, mais ce réemploi ne doit pas servir à contourner les obligations liées à la gestion des déchets de chantier.

Peut-on brûler les déchets pour éviter un dépôt sauvage ?

Faux…
Brûler des cartons, des emballages, des plastiques ou des chutes de bois sur le chantier ne constitue pas une solution d’élimination autorisée. Cette pratique peut libérer des fumées toxiques, provoquer un départ de feu et exposer l’entreprise à des sanctions. Même lorsqu'ils semblent non dangereux ou sans risque apparent, les déchets doivent être triés puis dirigés vers une filière de collecte adaptée.

💡 Prévoyez le tri et l’évacuation des déchets dès la préparation du chantier pour éviter toute solution d’élimination non conforme.

Loi AGEC : quelles obligations pour les entreprises du bâtiment ?

Adoptée le 10 février 2020, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC, impose depuis le 1er juillet 2021 de nouvelles règles aux entreprises du bâtiment. L’objectif est d’améliorer la traçabilité des déchets de chantier et de lutter plus efficacement contre les dépôts sauvages. Cette traçabilité commence avant même le début des travaux, dès la rédaction du devis, et se poursuit lors du dépôt des déchets.

Les informations obligatoires sur les déchets dans les devis

Les devis de construction, de rénovation et de démolition doivent préciser comment seront gérés les déchets produits par les travaux. Cette partie doit indiquer :

  • une estimation de la quantité totale de déchets générés
  • les modalités de tri, de gestion et d’enlèvement prévues
  • le point de collecte envisagé, avec sa raison sociale, son adresse et le type d’installation
  • une estimation du coût de la gestion et de l’évacuation des déchets

Ces informations permettent au client de connaître la destination prévue des gravats, emballages et autres déchets, mais aussi d’identifier clairement le coût de leur prise en charge.

👉 En cas de mentions absentes, l’amende administrative peut atteindre 3 000 € pour un entrepreneur individuel et 15 000 € pour une société.

Le bordereau de dépôt : un justificatif obligatoire après l’évacuation des déchets

L’article 106 de la loi AGEC, désormais inscrit dans le Code de l'environnement, impose au point de collecte de remettre gratuitement un bordereau à l’entreprise qui vient déposer ses déchets. Ce document précise notamment leur origine, leur nature et leur quantité, ainsi que les coordonnées de l’entreprise et du site qui les a réceptionnés.

L’entreprise doit conserver ce bordereau afin de prouver la traçabilité des déchets. Elle doit pouvoir le transmettre au commanditaire du chantier ou à l’autorité compétente lorsqu'ils en font la demande.

Les 5 preuves à conserver pour se protéger et éviter les sanctions

En cas de contrôle ou de dépôt sauvage impliquant les déchets d’un chantier, un dossier complet permet de retracer leur parcours et de montrer les mesures prises par l’entreprise.

Le devis signé, avec les mentions relatives au tri, à l’enlèvement, au point de collecte et au coût de gestion des déchets.

Le bordereau remis après le dépôt, précisant la nature, l’origine et la quantité des déchets déposés.

Les factures de collecte, de transport ou de traitement, avec l’identité du prestataire sollicité.

Les bordereaux de suivi spécifiques, notamment pour les déchets dangereux et l’amiante.

Le registre chronologique des déchets, complété avec les informations relatives à leur production, leur expédition et leur destination.

Pour faciliter leur consultation, ces documents peuvent être regroupés dans un dossier papier ou numérique associé au devis et à la référence du chantier.


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👷 Le Conseil du Pro : Vérifiez les conditions d’accès avant chaque dépôt !

L’accès à un point de reprise BTP peut nécessiter une inscription préalable, un justificatif professionnel ou un compte actif. Les déchets doivent aussi respecter les consignes de tri et les quantités acceptées sur le site. Avant une évacuation, les accès de l’entreprise et les conditions de reprise doivent être contrôlés pour éviter qu’un chargement soit refusé une fois sur place.

Les questions fréquentes

Qui doit éliminer les déchets d’un chantier ?

L’entreprise qui produit ou détient les déchets doit assurer leur tri, leur évacuation et leur traitement dans une filière autorisée. Elle reste responsable jusqu’à leur élimination ou leur valorisation finale, même si cette mission est confiée à un transporteur ou à un prestataire. La répartition des tâches doit donc être clairement définie lorsque plusieurs entreprises interviennent.

Quelles sont les 5 R de la gestion des déchets ?

Les 5 R consistent à refuser ce qui est inutile, réduire les quantités consommées, réutiliser ce qui peut l’être, recycler les matières et rendre à la terre les déchets organiques. Sur un chantier, cette démarche permet notamment de limiter les surplus, de favoriser le réemploi et de mieux trier les différents matériaux.

La gestion des déchets est-elle toujours de la responsabilité du chef de chantier ?

Non. Le chef de chantier peut organiser le tri, le stockage et l’évacuation des déchets sur le terrain, mais la responsabilité ne repose pas automatiquement sur lui. Elle concerne avant tout l’entreprise qui produit ou détient les déchets. Selon l’organisation du chantier, certaines obligations peuvent également revenir au maître d’ouvrage ou aux sous-traitants.

Comment bien gérer ses déchets sur un chantier ?

Une gestion conforme commence par l’identification des déchets et l’estimation de leurs volumes. Des contenants adaptés doivent ensuite permettre de séparer les différents flux, notamment les déchets dangereux. L’évacuation doit être confiée à un prestataire identifié ou réalisée vers un point de collecte autorisé. Enfin, les devis, factures et justificatifs de dépôt doivent être conservés.

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