Un bâtiment presque terminé peut devenir inaccessible du jour au lendemain s’il est occupé illégalement. Face à un squat de chantier, il faut suspendre les travaux, mettre les équipes à l’abri et prévenir immédiatement le propriétaire ou le maître d’ouvrage. Celui-ci devra faire constater l’occupation et engager, lorsque les conditions sont réunies, une procédure d’évacuation auprès de la préfecture. De leur côté, les professionnels du chantier doivent formaliser l’arrêt, préserver les preuves et protéger leurs intérêts sans jamais tenter d’expulser eux-mêmes les occupants. Voici la marche à suivre pour gérer la situation sur le terrain, limiter les pertes et reprendre les travaux dans de bonnes conditions.
Chantier squatté : quelle procédure suivre pour faire expulser les occupants ?
La découverte d’un squat impose de réagir immédiatement, sans improviser. La procédure d’évacuation doit être engagée par le propriétaire ou par une personne habilitée à agir pour son compte. Les professionnels présents sur le chantier doivent, de leur côté, protéger les équipes, transmettre l’alerte et formaliser l’arrêt des travaux.
1. Suspendre les travaux et éloigner les équipes
Il faut immédiatement interrompre les interventions dans la zone occupée. Aucun salarié, apprenti ou sous-traitant ne doit pénétrer dans le bâtiment, même pour récupérer du matériel.
- Mettre les personnes en sécurité : les équipes, fournisseurs et autres intervenants attendus doivent être prévenus afin qu’ils ne se présentent pas sur le site.
- Alerter les forces de l’ordre : en cas d’intrusion en cours, de menace ou de danger immédiat, il faut appeler la police ou la gendarmerie au 17.
- Signaler les risques du chantier : trémies ouvertes, coffret électrique provisoire sous tension, échafaudages, engins ou produits dangereux accessibles doivent être mentionnés lors de l’appel.
Aucune tentative d’évacuation ou de récupération du matériel ne doit être menée directement.
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2. Faire remonter l’alerte jusqu'au maître d'ouvrage
La personne qui découvre l’occupation doit prévenir immédiatement son responsable ou son donneur d’ordre. L’information doit ensuite remonter jusqu'au maître d’ouvrage et au propriétaire du bâtiment.
Personne qui découvre le squat | Premier interlocuteur à prévenir |
|---|---|
| Salarié ou apprenti | Chef d’équipe ou employeur |
| Chef d’équipe | Chef de chantier ou conducteur de travaux |
| Sous-traitant | Entreprise principale qui lui a confié les travaux |
| Artisan intervenant directement | Maître d’ouvrage ou propriétaire |
| Conducteur de travaux | Direction de l’entreprise et maître d’ouvrage |
⚠️ Qui engage la procédure ? Le propriétaire ou une personne habilitée à agir pour son compte doit piloter la demande d’évacuation. Le maître d’ouvrage peut s’en charger lorsqu'il est lui-même propriétaire ou qu’il dispose d’un mandat. Le demandeur doit déposer plainte, prouver son droit sur le bâtiment et faire constater l’occupation par un officier de police judiciaire, le maire ou un commissaire de justice. Lorsque les conditions sont réunies, il peut ensuite saisir la préfecture.
3. Transmettre les preuves et formaliser l’arrêt du chantier
Depuis une zone sûre, il faut rassembler les premiers éléments factuels :
- la date, l’heure et les circonstances de la découverte
- les photographies des accès forcés ou des effractions visibles
- les éventuelles images de vidéosurveillance
- les coordonnées des témoins
- la liste des outils, matériaux et engins restés sur place
Ces éléments doivent être transmis au maître d’ouvrage ou au propriétaire pour compléter son dossier. Le jour même, le chef d’entreprise ou le conducteur de travaux doit notifier par écrit l’impossibilité de poursuivre les travaux et la date de l’arrêt. L’envoi doit respecter les modalités prévues au marché : courriel, plateforme de suivi, lettre recommandée ou journal de chantier. Cette notification permet de dater l’interruption et d’en établir le motif.
4. Contrôler les lieux et déclarer les dommages selon le type de bien
Une fois la libération du bâtiment confirmée, il faut organiser une visite avant le retour des équipes. Les accès, les réseaux, les branchements provisoires, les engins, les échafaudages et les protections collectives doivent être contrôlés. Les dégâts doivent être photographiés avant de déplacer les objets, de nettoyer les lieux ou d’engager des réparations non urgentes. Les démarches dépendent ensuite des biens touchés :
- Outils ou engins appartenant au professionnel : déposer plainte et vérifier les garanties vol, vandalisme ou bris de machines prévues par la multirisque professionnelle ou l’assurance du matériel. Pour un véhicule, prévenir l’assureur automobile professionnel.
- Matériel loué : avertir immédiatement le loueur et vérifier si le contrat de location ou l’assurance professionnelle couvre le vol et les dégradations.
- Matériaux stockés non posés : consulter les garanties couvrant les matériaux présents sur le chantier avant réception et vérifier si l’opération bénéficie d’une assurance tous risques chantier.
- Ouvrages déjà réalisés : informer le maître d’ouvrage et déclarer les dégâts au titre d’une éventuelle garantie avant réception ou de l’assurance tous risques chantier.
⭐ Règle d’or : il faut joindre à chaque déclaration le récépissé de plainte, les photographies, l’inventaire des dommages, les factures et les numéros de série disponibles. Les preuves doivent être conservées avant les réparations non urgentes, sans retarder les mesures indispensables à la mise en sécurité.
Une fois le bâtiment libéré et les constats effectués, les accès forcés doivent être sécurisés avec l’accord du propriétaire. Lorsque les menuiseries définitives ne peuvent pas être réparées immédiatement, il est possible de louer des portes anti-squat et des panneaux métalliques anti-squat pour condamner temporairement les portes et fenêtres accessibles. Ces équipements protègent le chantier pendant la remise en état et jusqu’à la reprise des travaux.
Pourquoi ne faut-il pas intervenir soi-même face aux squatteurs ?
Face à un chantier bloqué, la tentation peut être forte de faire partir soi-même les occupants. Cette initiative présente pourtant trois risques : mettre les équipes en danger, s’exposer à des sanctions et compliquer les démarches engagées.
Pour ne pas mettre les équipes en danger
Le comportement des occupants et l’état du bâtiment restent imprévisibles. Aucun salarié, artisan ou agent de sécurité ne doit être envoyé pour négocier, récupérer du matériel ou reprendre les lieux. L’intervention doit être laissée aux forces de l’ordre.
Pour éviter une sanction pénale
Forcer une personne à quitter le lieu qu’elle occupe, sans avoir obtenu le concours de l’État, peut constituer une expulsion illégale. Les menaces, la contrainte ou la coupure volontaire des réseaux peuvent exposer leur auteur à 3 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende, conformément à l’article 226-4-2 du Code pénal.
Pour ne pas entraver la procédure d’évacuation
Le propriétaire doit faire constater l’occupation illicite avant de saisir la préfecture. Changer les serrures, déplacer les affaires ou profiter d’une absence momentanée des occupants peut modifier l’état des lieux et rendre les faits plus difficiles à établir. Il faut donc préserver la situation jusqu'au constat réalisé par une personne habilitée.
Quel impact pour l’entreprise et comment limiter les pertes ?
L’occupation d’un chantier désorganise le planning, immobilise parfois du matériel et peut retarder les paiements. Dès l’arrêt des travaux, il faut conserver des traces précises et vérifier les clauses du marché avant de prendre un engagement ou d’engager une dépense supplémentaire.
Gestion des équipes et des locations : limiter les coûts inutiles
Les salariés et les moyens matériels doivent être réorganisés tant que l’accès au chantier reste impossible.
- Réaffecter les équipes : lorsque l’activité le permet, l’employeur peut redéployer les salariés et les apprentis sur d’autres chantiers. Les sous-traitants doivent recevoir une confirmation écrite de la suspension de leur intervention.
- Étudier l’activité partielle : lorsqu'aucune réaffectation n’est possible et que l’arrêt réduit réellement l’activité de l’établissement, une demande peut être envisagée. Sa mise en œuvre reste soumise à l’autorisation de l’administration.
- Prévenir les loueurs : il faut signaler l’indisponibilité des échafaudages, engins ou bases de vie et examiner les conditions de prolongation, de suspension ou de restitution. Le contrat ne doit pas être résilié unilatéralement : le locataire reste généralement responsable du matériel jusqu’à sa restitution.
Un chantier à l’arrêt ne doit pas bloquer toute l’activité. Dans ces moments-là, Habitatpresto Pro est un bon levier pour trouver de nouvelles opportunités et compenser le manque à gagner.
Pénalités de retard : protéger la position de l’entreprise
Un squat peut constituer un événement extérieur empêchant l’exécution des travaux, mais il ne sera pas automatiquement reconnu comme un cas de force majeure. L’entreprise ne doit donc pas considérer d’emblée que les délais et les pénalités sont suspendus.
- Faire acter les conséquences : La notification écrite permet de dater l’arrêt, mais elle ne suspend pas automatiquement les délais ni les pénalités. L’entreprise doit demander que les conséquences sur le calendrier soient formalisées. Selon le marché, la prolongation peut prendre la forme d’un ordre de service, d’un avenant ou d’un autre écrit accepté par les parties.
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L’arrêt peut retarder la validation des travaux et le versement des acomptes. Il faut établir une situation précise des prestations réalisées avant le squat et demander leur validation selon les modalités prévues au marché.
Les dépenses directement liées au blocage doivent également être isolées :
- transfert ou immobilisation des équipes
- location prolongée d’un engin ou d’un échafaudage
- sécurisation provisoire du site
- frais de remise en état et de remobilisation
Ces justificatifs permettront de demander une prise en charge ou de négocier un avenant. Leur remboursement n’est toutefois pas automatique : il dépend du contrat, des responsabilités retenues et de l’accord du maître d’ouvrage.
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Et si l’arrêt du chantier se prolonge ?
Lorsque l’évacuation tarde, l’entreprise doit demander au maître d’ouvrage des instructions écrites et une visibilité sur la durée prévisible de l’interruption. Le contrat doit être relu avant d’envisager une suspension prolongée ou une résiliation.
- En cas de reprise : un écrit doit fixer la nouvelle date d’intervention, le calendrier révisé et le traitement des frais supplémentaires.
- En cas d’arrêt durable ou définitif : les parties doivent établir le montant des travaux exécutés, des sommes restant dues et des éventuels surcoûts. Dans un marché public, ces éléments peuvent intégrer le décompte du marché ; dans un marché privé, ils doivent être formalisés selon les documents contractuels applicables.
Une résiliation sans pénalités ou une indemnisation ne doit jamais être considérée comme acquise. En cas de désaccord important, une analyse du contrat par un professionnel du droit est préférable avant toute rupture du marché.
Une rupture de marché mal cadrée peut aggraver le litige. Faites relire votre contrat par un juriste diplômé grâce au service juridique inclus dans l’abonnement Habitatpresto Pro.
👷 Le Conseil du Pro : ne publiez rien sur les réseaux !
Même sous le coup de la colère, mieux vaut garder les photos et les commentaires hors des réseaux sociaux. Une publication peut révéler l’adresse du chantier ou ses failles de sécurité, mais aussi montrer des personnes reconnaissables et porter atteinte à leur droit à l’image. Les qualifier publiquement de squatteurs avant que les faits soient établis peut également entraîner une contestation. Ces contenus doivent donc rester réservés au propriétaire, aux forces de l’ordre et aux assureurs. Les salariés et sous-traitants doivent eux aussi être invités à ne rien partager sur leurs comptes personnels jusqu'au règlement de la situation.
Les questions fréquentes
La trêve hivernale empêche-t-elle l’évacuation d’un chantier squatté ?
Qui est responsable si un occupant se blesse sur le chantier ?
Qui paie les frais de gardiennage ou de sécurisation d'urgence du chantier ?
Peut-on récupérer son matériel coincé à l'intérieur avec l'accord des squatteurs ?
Références :
- Image principale de l'article, eloleo, Adobe Stock
- Articles L412-1 à L412-8 du Code des procédures civiles d'exécution, Legifrance.gouv
- Porte anti-squat pour chantiers : sécurisez vos sites en travaux, No squat
- Que faire quand des squatteurs occupent un logement ?, servicepublic.gouv
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